Cela fait maintenant 3 mois que j’ai repris mes études. Eh oui, à un peu plus de 40 ans je me suis lancée dans cette aventure qui peut soulever bien des questions et à juste titre.

Un constat d’échec

Je savais que j’avais fait un mauvais choix d’orientation dès mes premiers cours en faculté de droit après mon bac.

A l’époque, je venais d’avoir 18 ans, j’arrivais fraîchement de mon Sénégal natal, j’avais vu ma maman travailler à la sueur de son front pour financer mes études, honnêtement j’avais une pression énorme sur les épaules.

Je n’envisageais absolument pas de changer de filière d’études. J’étais bien trop jeune et bien trop angoissée pour réaliser que c’était une situation assez classique que de changer de voie en cours de formation. Je voyais cela comme un abandon et un constat d’échec.

J’ai donc subi. Réellement subi mes études de droit. Rattrapage, redoublement, refus à la porte du Master 2, dépression, la peur de l’échec, l’échec réel.

La seule fierté que j’en retire est d’avoir rédigé mon mémoire de droit du travail sur « le poids des apparences en milieu professionnel : l’obésité, source de discrimination ? » 

Eh oui, je n’ai pas commencé à militer contre la grossophobie parce que c’est devenu une tendance sur les réseaux sociaux.

Les difficultés comme une opportunité

A chaque redoublement, je n’avais qu’une ou deux matières à rattraper et donc énormément de temps pour moi.

Cette période a été bénéfique pour mon expérience professionnelle grâce à des stages de longue durée qui plus est rémunérés qui m’ont permis d’avoir un pied en entreprise. ce qui manque cruellement à ceux qui suivent un cursus universitaire.

C’est aussi à ce moment là que j’ai séjourné durant quelques mois à Londres. J’y suivais des cours d’anglais. La graine des questions d’inclusivité a commencé à y germer en moi.

Aussitôt mes études terminées, j’ai trouvé un stage dans le recrutement et signé mon seul et unique contrat à durée indéterminée. Je serai toujours reconnaissante à Babychou Services d’avoir investi sur mon profil et tout mis en oeuvre pour procéder à mon changement de statut me faisant passer d’étudiante étrangère à salariée étrangère.

Le blogging, la professionnalisation

En parallèle je tenais déjà mon blog depuis plus de 2ans. Petit à petit je prenais conscience que j’aurais dû m’inscrire en communication/marketing plutôt qu’en droit !

Honnêtement : cela faisait plus de 20 ans que je rêvais de suivre ce cursus !

Dès lors je me renseignais sur des écoles, des formations mais ce n’était jamais le « bon moment« .

Lorsque j’étais au chômage il fallait absolument que je retrouve un emploi car l’isolement pesait sur mon moral et qu’il fallait survivre en fait. Aussi bien le budget que le temps me manquaient sans compter que les cursus que je trouvais nécessitaient des pré-requis que je n’avais pas pour intégrer certaines écoles.

Sans compter la confiance en soi qui me faisait défaut pour postuler malgré tout.

J’ai alors fait des missions pour subvenir à mes besoins, me nourrir et avoir une vie sociale. Honnêtement toute expérience a été bonne à prendre. Chaque poste que j’ai occupé me sert pleinement aujourd’hui dans les différents projets que j’entreprends.

En 2016 j’ai officiellement professionnalisé mon activité de blogueuse. Cet article est vraiment fondateur de ma démarche entrepreneuriale.

En 2017 j’ai créé Ibilola, ma marque dont l’ambition est d’être la référence en matière de mode grande taille.

En 2021, j’ai publié Fière d’être moi-même, mon premier livre paru aux Editions Leduc.

Organisation d’événements, interviews radio, tv, conférences par-ci par-là, couverture de magazines, campagnes d’influcence avec des marques incroyables, publicité tv jusqu’aux Etats-Unis…

Je pense avoir coché un certain nombre de cases et créé tout un écosystème autour de mon travail sur internet.

A ce stade de ma vie, je n’ai vraiment plus rien à prouver.

Pourquoi ai-je donc la vision si troublée ?

Néanmoins, j’étais frustrée. J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose.

Ces fameuses études dont je rêvais revenaient sans cesse dans mon esprit.

2023 : j’ai 50% de contrats en moins en influence.

Je me concentre plus sur Ibilola et continue à développer ma marque.

Je fais appel à des consultants. J’enchaîne les rendez-vous. Je reçois des propositions d’accompagnement mais rien ne me convainc.

J’ai pourtant déjà été accompagnée, j’arrivais jusque là à passer à l’action, à foncer et à ne pas me poser de questions sauf que je ne m’y retrouvais plus.

Ma vision était comme troublée.

Entre temps j’ai fêté mes 40 ans

Je pense que j’ai eu une sorte de prise de conscience. C’était le moment pour moi de suivre encore plus ma joie.

Alors je me suis autorisée à poursuivre ce rêve là. Celui de reprendre des études.

Sachez que je ne me connais pas une passion particulière pour l’école hein mais j’ai ressenti une sorte de soif d’apprendre !

It’s tiiiime ! (Mariah Carey voice)

Etonnamment, là où je peinais il y a quelques années à trouver une formation adaptée à mon agenda (dont des voyages) et dans mes moyens financiers : tout se mettait en place de façon naturelle.

Tout s’alignait.

En moins de 3 jours j’avais la formation, participé à une réunion d’information, étudié la faisabilité financière, réuni les documents nécessaires pour poser ma candidature.

J’ai par ailleurs pris rendez-vous avec Claire ma coach en développement professionnel.

Je voulais m’inscrire et me posais tant de questions à la fois !

J’avais peur de me disperser ou d’avoir une nouvelle lubie ou même de fuir dans une direction qui ne me correspondait pas.

Alors Claire m’a aidée à clarifier mes pensées, ma vision et mes désirs.

« L’avis des autres, c’est la vie des autres »

J’ai parlé de ma démarche à quelques personnes qui avaient naturellement un avis sur la question.

Certaines ont tout de suite exprimé leur enthousiasme, d’autres m’ont encouragée, j’ai aussi entendu « j’ai fait des études de marketing ça ne sert à rien » « non mais tu n’en as pas besoin ! Tu fais déjà du marketing ! Tu pourrais même donner des cours toi ! » sans oublier les projections des peurs des unes et des autres.

Je vous rappelle que je déteste l’expression « fais tes projets en silence ta réussite se chargera du bruit.

Autant dire que c’était une formidable expérience sociale que de partager ma volonté de reprendre mes études.

Un rythme t’as peur

Nous y sommes ! Je suis officiellement étudiante en « Master de marketing dans un monde digital ».

Début octobre 2023, j’assistais au premier cours. Cette même semaine là j’introduisais une demande de prêt pour le développement d’Ibilola.

J’ai principalement des cours du soir en visioconférence 3 jours par semaine ainsi que le samedi toute la journée en présenciel.

Pourquoi un tel choix ?

J’aurais pu acheter une formation en ligne qui garantit de devenir une tueuse du e-commerce ou autre promesse hasardeuse mais ce n’était vraiment ce qui m’excitait. Sans compter que je n’arrive pas à tenir devant une vidéo pré-enregistrée. J’ai besoin d’interactions.

Là je suis gâtée !

Nous sommes une petite promotion composée d’une dizaine de personnes. Il n’y a que des adultes puisque c’est de la formation continue hors temps de travail (contrairement à la formation initiale à temps plein pour les petits jeunes sans expérience professionnelle).

La moyenne d’age est de 35 ans.

Nous venons tous d‘univers différents avec des aspirations tout aussi variées.

Certaines sont salariées, d’autres en recherche d’emploi, des entrepreneurs ou en pleine exploration.

La reprise d’études quand on est une tantine de 40 ans

Aujourd’hui, avec plusieurs semaines de recul, je peux enfin me poser pour un premier retour d’expérience sur la question.

D’abord et avant tout : je réalise à quel point j’avais besoin de changer d’air.

J’avais l’impression d’évoluer en vase clos, de stagner et de perdre ma liberté surtout dans le milieu de l’influence dans lequel je ne me reconnais plus. Est-ce que je m’y suis déjà reconnue d’ailleurs ?

Là je sors de mes écrans et me confronte à d’autres vécus.

J’avais aussi soif de connaissances ! D’accord je fais du marketing de façon intuitive mais je n’y connaissais rien en fait ! Guys ! Je réalise à quel point je voulais me nourrir de la culture du marketing !

Je peux vous dire que je n’aime pas l’ensemble des enseignements hein !

C’est parfois très technique et ce n’est pas évident pour moi de me concentrer car je suis assez distraite.

J’ai en revanche bien intégré le fait que j’ai une mémoire auditive alors il est plus que primordial pour moi d’assister à tous les cours. Je ne peux pas me permettre de sécher d’autant plus que je paie avec l’argent que je gagne durement hein !

Dans ce sens, je trouve que reprendre ses études à l’âge adulte est une démarche bien plus en conscience qu’au sortir du lycée.

C’est mon choix dans tous les sens du terme alors je n’ai pas ce sentiment de subir les cours.

J’ai des examens, un travail de groupe à rendre ainsi qu’un projet sur une entreprise. Ibilola en ce qui me concerne. Je vais pouvoir aussitôt appliquer les enseignements dans mon quotidien. C’est royal !

Les cadeaux de la vie

Le plus difficile pour l’instant est encore de trouver un équilibre entre mon entreprise et les exigences des études.

J’ai néanmoins réussi à me rendre à Cotonou pendant quelques jours pour finaliser ma collection tout en étant connectée à l’heure pour les cours en visio. C’était excitant bien qu’intense !

Ma vie sociale est par ailleurs inexistante puisque mes samedis sont pris et que le dimanche je me repose ou travaille sur Ibilola. Je me dis que c’est la période qui veut ça aussi vu que la fin d’année est une phase important pour tout commerce.

Je dis toujours « trust the process ! »

Est-ce que j’imaginais que j’en serais là en décembre 2023 ? Absolument pas !

Est-ce que j’aurais pu penser que je retournerais aux études lorsque je faisais des crises d’angoisse à 3h du matin pendant mes révisions pour les partiels en fac de droit ? Sûrement pas !

A cet instant précis, je tiens à rappeler cette expression empruntée à ma psy « il n’y a pas d’échecs. Il n’y a que des victoires retardées. »

Mon diplôme étant sur 2 ans, je reviendrai régulièrement ici pour vous raconter cette aventure que je suis heureuse de partager comme tout ce que je fais depuis plus de 15 ans maintenant !

En attendant, sur instagram je poste régulièrement des stories notamment mes looks d’étudiante puisque cette formation est l’occasion rêvée de porter tous ces vêtements qui dorment dans mon dressing sachant que mon canapé est mon bureau !

Le look du jour

Parlant de sapes ! Je porte une nouveauté de chez Ibilola, le bombers Winston.

En septembre je vous présentais ici cette pièce qui a été retravaillée avec un super atelier qui se trouve en Côte d’Ivoire.

Il est actuellement en pré-commande sur ma boutique en ligne avec une livraison en janvier.

Pour ce drop j’ai sélectionné de nouveaux tissus. Celui-ci intitulé Bambey rose est votre coup de coeur si j’en crois les premières commandes !

Les photos ont été prises par Capucine de Chocqueuse et la maquilleuse est Sandra Têvi.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire jusqu’ici ! J’espère avoir répondu à toutes les questions que vous vous posiez sur cette démarche.

Avez-vous repris vos études à 30 ans et plus ? Comment cela s’est passé pour vous ? Est-ce aussi comme pour moi un rêve que vous nourrissez ? Qu’est-ce qui vous empêche de vous lancer ?

Pour aller plus loin
Découvrir www.ibilola.com ma ligne de vêtements grande taille en Wax
Commander mon livre Fière d’être moi-même, Ed. Leduc à la Fnac ou sur Amazon
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Blogueuse body Positive depuis 2007 Créatrice de #Ibilola et fondatrice de #FrenchCurves gaelle.prudencio@soeuretteproductions.com

8 Comments

  1. Bravo à toi Gaëlle! c’est une super démarche !
    Moi j’ai repris un cursus à distance en 2021, j’avais 33 ans, et je suis d’accord avec toi, je savais exactement pourquoi je le faisais et j’avais cette soif d’apprendre, donc même si le temps nous manque, on s’investit plus que pendant les années fac! Bon courage à toi pour la suite!

  2. Bel article ! Et quelle phrase l’avis des autres c’est la vie des autres wow ! On sent que tu te plais dans cette nouvelle étape et c’est le principal je dirai. Ça m’inspire puisque j’y réfléchis aussi même si je suis plus jeune. Pour moi par contre ce serait un pivot carrément vu que ça n’a rien à voir avec mon diplôme principal. En tout cas bravo de concrétiser ton rêve 😊💪🏾

  3. Merci pour ce partage et bravo pour cette aventure!
    Je reconnais tellement cette pression de ne pas décevoir et se réussir ses études à tout prix en suivant un chemin tout établi…
    Je me souviens de l’hostilité rencontrée quand j’ai lâché la fac de droit pour recommencer à zéro un cursus d’African Studies (dans un autre pays et une autre langue tant qu’à faire)! Je me souviens aussi de l’étonnement quand à presque 30 ans j’ai démissionné d’un boulot prenant pour me consacrer au Masters de mes rêves.
    Le cadeau de mes 40 ans a été de commencer ces cours de batterie dont je rêvais depuis l’adolescence.

    Même si écouter cette petite voix ne garantit pas que tout sera rose tout le temps (parfois loin de la), je me dit que ça en vaut la peine pour les apprentissages qu’on en retire sur soi, sur les autres et sur le monde.

    • Oh ma chère Kékéli ! Merci pour ce partage ! Je te redécouvre par la même occasion c’est fou ! Vivement le concert auquel j’assisterai hein !

  4. Merci bien Gaëlle de nous partager ton parcours. C’est inspirant, en effet on n’oublie parfois que ton combat contre la grossophobie ne date pas d’aujourd’hui.

    Vous pouvez tellement être fière de vous pour tout ce que vous arrivez à faire, vous êtes tellement 💪🏽💪🏽.

    J’aime beaucoup la phrase de votre psy  » il n’y a pas d’échec, il n’y a que des victoires tardives » 😍

    Merci bien à vous.

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